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Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 10:12

Tout vêtu de blanc, il bravait la loi de la nature en déambulant sous une pluie écrasante. Il cherchait certainement à se dessiner un corps transparent, libre et sensuel pour le peuple banal qui l’entoure. Il dévorait les pavés mal dressés sans pitié. Il m’a croisé subitement et m’a éjecté dans mes intrigues et mes contingences. Et mon inconscience, sans retenue, a lancé : Quel culot et quel courage de s’offrir à un spectacle arbitraire en public! Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de m’arrêter et contempler ce tableau qui devient subitement mon repère à cet instant. Une folie s’en est prise à mon caractère ludique et je me retrouve acteur de ce miraculeux rendez-vous. Et je vois une silhouette velléitaire qui s’offre à tous les jugements, certainement contradictoires.  Sa démarche portait une histoire sulfureuse d’un homme à homme. Ses attributs, mis sous les phares des regards des passants perplexes, révèlent un corps inassumé. Ses talons aiguilles raisonnent encore dans cette ruelle sombre digne d’un jour d’automne bien chargé de désirs ! Ce corps dégageait une inspiration pesante et m’oblige à rédiger son scénario, ses actes puis son destin. Je suis devenu son porte parole perdu et hésitant. Est-il un homme qui souhaite devenir femme, ou une femme qui essaye de fuir un corps d’homme ou tout simplement, un homme qui se veut un homme sensible !!! Chacun y allait de son commentaire et prend une posture qui lui convenait. L’épicier du coin ironisait. Le barman souriait. L’obsédé se livrait. L’homo se désolidarisait. La mère évitait. L’anarchiste se désintéressait. La vieille dame s’indignait... Et Moi j’inventais… parce que je suis admiratif de ce corps qui criait amertume et qui avançait dans une société paralysée par les contraintes et le conformisme. Ma compassion pour cette âme se mêlait à ma volonté de crier avec elle, vive le combat contre le modèle unique et le rejet libidineux. Je me suis reposé sur ma force pour accompagner mon héros du jour dans cette marche contre tous. J’ai puisé dans ma culture pour lui transmettre cette danse du ventre qui portait une poésie lugubre et une liberté amère. J’ai voulu que cet individu soit le plus belle et la plus beau … permettez-moi ce mélange des genres impromptu. Qu’il soit Triste mais fier, blessé mais téméraire. Malgré son pas confiant et défiant les jugements, il trébuche, il crie, il se relève …  J’ai volé à son secours pour lui rendre son arme et sa dignité et la rencontre est devenue découverte. Ses mains fines étaient si bien acérées qu’elles ont transpercé ma maladresse. Ses cheveux étaient si bruns qu’ils ont embrouillé mes préférences d’un homme ordinaire. Son visage fin était si déterminé qu’il a bouleversé ma sérénité de sage. Son costume blanc caressait si délicatement le trottoir maudit et trempé qu’elle a mis à genou mon déguisement de citadin. Ce pouvoir que cette créature dégageait, me rendait fou, me paraissait fantasme. Mon désir pour ce corps était loin d’être sexuel mais une admiration, un applaudissement pour saluer son existence particulière. Une différence qui méritait un destin banalisé. Mais la société autour de nous deux, en a décidé autrement. Je me retrouvais complice d’une personne non grata par autrui. En un instant, le choix de la soutenir est devenu une évidence et une religion. Assumer une différence chez l’autre bousculant les frontières des certitudes, est une chance et une vertu. Cœur contre cœur, nous avons tous les deux repris la marche des libres et de tous les défis, et ce, contre un monde qui se veut médiocre et marécageux … Cette rencontre n’a rien d’une coïncidence. Cette rencontre a voulu me faire prendre conscience que j’avais moi aussi des choses à régler avec la société, la famille, le voisin, le charlatan … leur dédain acharné vis-à-vis de l’inconnu me révolte certes, mais il me grandit… Certains m’ont trahi et d’autres m’arrangent. Dois-je les narguer ? Ils resteraient les intrépides qui me supporteraient. Dois-je les remercier ? Ma liberté d’être s’articule autour des êtres heureux, libres, courageux et elle s’accomplit dans mon respect des autres et leurs différences ! À Toi mon destin de refuser les avances machiavéliques de cette déchéance universelle dans laquelle nous survivons : Un engouement suicidaire pour le mépris, l’égoïsme et les apparences. Et pourtant, je n’ai pas le choix que d’y vivre, d’en tirer le meilleur, d’en faire un chemin, d’y relativiser ma rage, d’en contenir les dérives, d’y laisser un souvenir. Oui je n’ai pas le choix que d’être une douce histoire d’un garçon qui est parti à la rencontre de soi-même pour dénier tous les démons des préjugés.

Par Nawf
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