Partager l'article ! Rétro ...: Si j’ose parler de ma vie qu’est ce que je peux dire ? Grande question et une remise en cause perpétuelle et interminable. ...
| Mai 2012 | ||||||||||
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Si j’ose parler de ma vie qu’est ce que je peux dire ? Grande question et une remise en cause perpétuelle et interminable. Mais quand je regarde en rétrospective le bout de chemin parcouru, l’émotion devient inévitable et l’écriture se transforme en une échappatoire… Grâce à lui, il se reconnaîtra, j’ai pu écrire ces quelques lignes …
Je suis né au Maroc, à Rabat -une ville très paisible parfois ennuyeuse- dans un quartier assez populaire. Je suis issu d’un milieu modeste mais qui a su m’inculquer beaucoup de valeurs, riches en humanité et en espoir. Par ailleurs, j’ai passé une enfance très protégée… Mes déplacements ne dépassaient pas le cadre familial : les sorties, les loisirs, les engueulades, tout se passait entre famille. La rue ? Je ne la connaissais pas, malgré mes tentatives déficientes de révolutions. Révolutions ? C’est une forme pour dire se permettre un écart persuasif entravant la bonne conduite sociétale ou irrespectueuse du pseudo code -hérité d’ancêtres coloniaux, fuyant les croisés- … Cela n’a pas empêché l’amour de régner et veiller sur mon enfance solitaire. Pourtant, j’ai toujours su que j’aimais les garçons, je pense même, que je suis né homosexuel… Mon premier contact amoureux c’était avec un garçon. J’avais 10 ans, mon voisin aussi. C’était que des caresses innocentes, douces et pleines de désir. Dans les rares escapades que nous faisions, nous arrivions à se retrouver seuls dans l’intimité absolue… Partager des moments de fou rires, de gage, de défis, de séduction … Curieusement nous ne nous sommes jamais posés la question si c’était un comportement normal ou pas. Cela a duré deux ans et demi. Et un jour, il devait déménager… Ce fut un jour d’été, il faisait une chaleur pesante et le soleil était de plomb. Je pense qu’à ce jour, j’ai pu palper le vrai sens de la tristesse. Aujourd’hui, il est marié et il a un enfant … Je lui souhaite tout le bonheur du monde …
Je suis devenu adolescent, j’ai commencé à avoir des amis, parfois des amours platoniques dans un seul sens. Par moment, la situation est devenue lourde et contraignante et surtout lorsque je me suis aperçu que ce que je ressens pour un garçon était totalement contradictoire avec la bonne conduite sociétale, la religion (mal endoctriné, à la Marocaine) et les pénibles traditions. Il est vrai que je ne me suis pas du tout battu pour m’imposer et vivre pleinement ce que j’avais envie de vivre, mais c’était impossible, pire, inimaginable. Dois-je le regretter ? Non ! La vie n’est qu’une scène de théâtre, où il faut laisser les actes se dérouler paisiblement comme un tapis volant, permettant des escales au pied et au chevet des années qui passent et qui se meurent …
J’ai pu croiser des jeunes garçons quand je partais en colonie de vacances. Mais la frustration était la règle et je commençais à m’isoler petit à petit. Je suis devenu quelqu’un de timide, capable de ne pas débrancher un mot durant des heures et des heures. Le mutisme n’était pas que vocal mais moral aussi… L’extrémisme religieux rodait autour de moi, prêt à me déchiqueter de l’intérieur, de m’entraîner dans le monde obscur … mais les valeurs de modernité, d’humanité, du juste milieu, ont fini par avoir raison de ce dérapage potentiel, qui a eu le mérite d’être vécu, pour comprendre que l’amour de l’autre et son prochain est une source d’aimer et de valider sa croyance dans la tolérance la plus absolue !
Arrivé à 19 ans, j’ai pu rencontrer un groupe d'amis à la faculté Mohamed V : des libanais, palestiniens, jordaniens, tunisiens et marocains. Des personnes représentant la diversité, l’échange, donc la tolérance … Nous avons formé un groupe solide et uni. On faisait la fête ensemble, on sortait la nuit, on vivait la nuit. J’ai commencé à reprendre confiance en moi, retrouver l’équilibre d’esprit et du corps. Le déclic était au rendez-vous. J’ai commencé à m’éloigner de mon cocon familial, à tel point que cela a attisé les conflits entre moi et ma mère. Mon père lui, je ne l’entendais pas. Je devais m’inventer des choses pour justifier mes absences de la maison qui peuvent atteindre des nuits, et des siècles … ces dernières que je passais, à découvrir, justifier et légitimer la différence en tant que richesse et comprendre que l’intégrité de la personne se construit grâce à l’intégralité des autres qui nous entourent ... Quelque soit la couleur, la croyance, l’origine sociale, l’orientation sexuelle. La rupture était inévitable pour marquer le départ d’une nouvelle étape. Mes parents n’ont pas pu digérer ce changement brusque. En revanche, ils ne m’ont jamais fait mal, je crois fort qu’ils avaient peur pour moi… ils ont décidé de veiller sur moi, mais de loin ….
Après, c’est l’échec à l’Université…
Je crois fort au destin. Si l’échec était là, d’autres portes n’avaient pas tardées à s’ouvrir. Mon père n’a pas supporté voir son fils, devant lui, entrain de souffrir des échecs universitaires, et de l’échec de tout un pays, incapable de s’occuper de sa jeunesse, perdue et livrée à elle-même.. Et la décision tombe. Il m’envoie en France. Un geste extraordinaire, parce que le prix a été fort. Je n’oublierai jamais jusqu’au dernier souffle le sacrifice que mes parents ont pu faire pour me sauver et me permettre de construire mon propre avenir et transformer la rupture avec le système marocain en une opportunité de renouer avec l’espoir, la liberté d’être et vivre heureux. Au jour d’aujourd’hui, je me sens redevable et Franchement, sans eux je ne serai guère là.
En arrivant en France, j’ai découvert un mot qui échappait à mon vocabulaire : Tolérance, non je dirai acceptation. J’ai renoué avec ma personnalité et j’ai renoué avec l’amour que j’éprouvais pour l’homme, je suis rentré en paix avec moi-même. La France m’apporté beaucoup de choses, la liberté d’expression, des actes et d’esprit. Je prends beaucoup de plaisir à apprécier chaque chose à sa juste valeur loin des contraintes chimériques et futiles. Le juif, le chrétien, le noir, l’Asiatique, le riche, le pauvre, les marginaux, ne me posent aucun problème. Par contre, les méprisants, les niais, les égoïstes et les faux ne m’intéressent pas. Je suis devenu Français aussi et fier de l’être. J’assume pleinement ma nouvelle naissance, ma nouvelle terre d’accueil. Appelez-moi aussi, Enzo ! La double culture, la double nationalité, la double langue, sont maintenant intégrées en paix dans un seul esprit et personnalité, mieux, elles constituent maintenant un équilibre duquel je ne pourrai jamais m’en passer. Etre lié aux racines d’un orient chaleureux et éclairé par la lumière d’un occident libéré, ne peut que nous pousser à grandir, évoluer, vieillir solidement sans aucun risque de chute …
By ENZO